Christina Lionnet est une photojournaliste française de 30 ans. Un baccalauréat au Niger en poche, cette Parisienne poursuit des études littéraires et de journalisme en France. Après un passage au quotidien régional Ouest France, Christina Lionnet travaille pendant un an à l’agence officielle Chine nouvelle puis dans le magasine chinois Women of China à Pékin. A son retour à Paris en 2006, elle devient pigiste pour divers périodiques. Et offre à la maison d’édition allemande TeNeus un regard photographique magnifique de ses quatre années passées dans l’Empire du milieu, à travers le livre China. Rencontre.
Runweb : Votre premier livre de photos appelé « China » est sorti en juillet et disponible depuis peu en France. Comment vous est venue cette idée de livre ?
Christina Lionnet : C’est venu vraiment petit à petit. Ce n’était pas du tout un projet construit au départ. Je ne suis pas venue en Chine en me disant : « Tu vas prendre des photos et tu vas faire un livre ». Ce n’était pas du tout ça l’idée. Mais j’aime vraiment voyager donc je me suis promenée dans pas mal de coins en Chine et aussi dans le cadre de reportages. Au bout du compte, après disons deux ans et demi, trois ans, je me suis dit que finalement toutes ces photos qui avaient été prises dans des milieux très différents, elles pouvaient peut-être être mises bout à bout pour donner une image, pas complète, mais assez riche, diverse, de ce qu’est la Chine. Je me suis dit que oui, ça valait peut-être la peine de les proposer à des maisons d’édition. Je ne savais pas du tout si ça marcherait parce que je n’ai jamais publié de livres. Et en fait, j’ai eu la chance de voir le livre sortir.
Pourquoi avoir choisi ce titre « China », et qui plus est en anglais ?
Le titre n’est pas très original mais c’est simple et j’aime les choses qui sont simples. Ce livre a un texte introductif qui est traduit en plusieurs langues. La langue principale du livre, c’est l’anglais, donc c’est pour cela qu’il s’appelle « China ». Mais le texte est aussi traduit en français, en italien, en espagnol, en chinois et en allemand. Il fallait donc un mot ou un titre qui soit facilement reconnaissable dans chacune de ces langues puisque c’est un seul livre, avec une couverture qui ne change pas en fonction du pays où il est vendu, mais qui dans les premières pages, a un texte en plusieurs langues.
Parlez-nous justement du contenu de ce livre. Vous êtes-vous davantage concentrée sur des portraits, des paysages ? Y a-t-il un fil conducteur ?
Oui, le livre est divisé en trois chapitres qui sont : les personnes, les lieux et les choses. La chose qui m’a le plus marquée en Chine, c’est la diversité à la fois des lieux et des personnes que l’on rencontre. Vu de France, on a souvent une image assez monolithique de la Chine. En venant dans ce pays, en prenant le temps de me promener, de le découvrir, j’ai trouvé qu’il y avait vraiment une diversité qu’on n’imaginait pas de la France. Et quand j’ai commencé à réfléchir à ce livre, je me suis dit qu’il fallait que je trouve un moyen de montrer cela. Finalement, l’idée m’est venue naturellement d’avoir trois chapitres avec trois thèmes très généraux donc les lieux, les choses et les personnes. Cela permettait d’aborder trois aspects très importants qui regroupent en fait quasiment tout, et aussi de favoriser des contrastes assez importants. J’ai voulu faire des vis-à-vis avec des images qui se répondent à la fois au niveau des formes, des couleurs etc. Il y a toute une partie qui est vraiment artistique mais je trouve que le livre fait quand même assez documentaire.
Ces photos ont été prises à Pékin et dans toute la Chine. Quels sont les lieux qui vous ont le plus touchée ou le plus marquée ?
J’aime beaucoup la partie tibétaine du Sichuan. La lumière est magnifique. Les paysages sont grandioses et elle a un côté sauvage, splendide, avec une culture qui est très riche. J’ai beaucoup aussi aimé le Guangxi à cause de la diversité des minorités ethniques. Le triangle Canton-Hong Kong-Macao est également fascinant. C’est une espèce de mosaïque de cultures qui sont assez riches, avec l’héritage portugais à Macao, anglais à Hong Kong, et cantonais à Canton. Mais à côté de cela, il y a des régions comme le Henan que j’aime beaucoup alors que ce n’est pas du tout côté. Le Henan, ce n’est pas très beau, c’est très pauvre, mais justement parce qu’il n’y a pas de touristes qui y vont, cela reste authentique. Il y a des petites villes ou des villes de moyenne importance comme Kaifeng qui sont très agréables et puis il y a des choses vraiment intéressantes. Par exemple, je suis allée là-bas faire un reportage sur les femmes Imam - il n’y en a pas que dans cette région mais c’est dans cette région qu’elles se concentrent en grande partie-, sur les gens qui vivent aussi dans les grottes. Donc le Henan, même si c’est une région que je ne trouve pas spécialement belle, je la trouve quand même très intéressante.
Pour une adolescente qui a commencé à l’âge de 14 ans à faire de la photographie, c’est un peu une consécration d’avoir un livre de photos publié, non ?
Je ne le ressens pas tellement comme cela parce que cela s’est fait très progressivement. Ce n’est pas quelque chose qui arrive brusquement donc on se fait à l’idée, on s’y habitue. Et puis, des livres, il y en a tellement qui sortent. Ce n’est pas facile d’avoir un livre qui se remarque. On verra bien dans quelques années comment il aura marché. Ce qui est sûr, c’est que c’est vraiment très satisfaisant parce que dans le journalisme, on passe son temps à écrire des choses qui disparaissent. E là avec ce livre, on se dit que l’on a fait quelque chose qui va rester, que j’aurai encore dans 40 ans, et que je pourrai montrer à des petits-enfants dans 70 ans (rires).
Nous avons entendu dire qu’une autre maison d’édition serait intéressée par la publication d’un autre de vos livres de photos sur la Chine ?
Il y a effectivement une maison d’édition qui semble vraiment intéressée par la publication d’un autre livre. Ce sera plus artistique et moins documentaire que « China ». C’est tout ce que je peux dire pour l’instant.
Et côté projets, vous comptez arrêter le journalisme et poursuivre dans la photographie ?
La question est ouverte (rires). C’est clair que je n’ai pas du tout envie d’arrêter la photographie. A côté de ça, le journalisme me plaît beaucoup aussi. Maintenant, c’est vrai que ce n’est pas toujours facile de concilier les deux. Le fait d’être en freelance permet de le faire mais ce n’est pas facile. Etre freelance, c’est accepter des revenus, des commandes qui sont très inégales, donc même si c’est très excitant, c’est aussi très fatigant.
Informations pratiques :
« China » par Christina Lionnet, éditions TeNeus. Taille: 19,5 x 27,6 cm. 144 p. 87 photos couleur. Texte en anglais, allemand, français, espagnol, Italien et chinois. Introduction : Christina Lionnet. Prix: € 35 $ 45 £ 29,90 Can.$ 55 SFR 60. ISBN 978-3-8327-9251-0. Site : www.teneues.com. Pour plus de photos de Christina Lionnet: www.christinalionnet.book.fr
Propos recueillis par Aurélie Palancher
Portrait de Christina Lionnet: Wang Zhuo
Photos additionnelles : Remerciements aux éditions TeNeus et à Christina Lionnet
Septembre 2008