Marié à une Française, Yin Dawei est un célèbre réalisateur et acteur chinois. Portrait de cet artiste vrai.
« Le cinéma chinois s'ouvre de plus en plus ». Mèche sur le côté, yeux rieurs, Yin Dawei est intarissable lorsqu'il s'agit de parler cinéma. Cet acteur et metteur en scène de 50 ans, originaire du Jilin, en Chine du nord-est, a suivi des études artistiques dans l'armée. Une apparente rigidité qui tranche avec l'humour et l'éloquence dont fait preuve cet érudit.
Le monde du cinéma, Yin Dawei baigne dedans depuis l'enfance. Sa mère a été actrice et son père, Yin Yiqing, un célèbre réalisateur. « Les films chinois doivent être en accord avec les idées du gouvernement », explique-t-il en pesant chacun de ses mots, un peu comme s'il déroulait scène par scène le synopsis d'un film.
Marié à une Française, Yin Dawei ne parle pas la langue de Molière. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir une idée bien tranchée sur les différences entre cinémas chinois et français. « Les acteurs chinois jouent mais, dehors, ils sont creux. Les Français s'accaparent vraiment leur personnage. » La Chine semble néanmoins avoir selon lui retrouvé ces préoccupations réalistes, depuis une petite trentaine d'années. « Après la Révolution culturelle, les metteurs en scène ont commencé à montrer le vrai visage de la Chine, confie Yin Dawei. On donne une image plus juste. »
Trouver le sentiment juste, c'est le message qu'il avait adressé à Gong Li lorsqu'elle n'avait que 20 ans. De 7 ans son aîné, Yin Dawei, alors en poste au Centre d'art du Guangdong (sud), était le professeur de la future égérie de Zhang Yimou. « Un responsable de l'armée nous a présenté. Je me suis senti immédiatement à l'aise avec elle. »
Il se souvient : « Je lui ai appris à observer la vie au quotidien. C'est le seul moyen de jouer avec sincérité. » Un peu plus tard, Gong Li allait embrasser la carrière mondiale qu'on lui connaît. L'incarnation d'une internationalisation du cinéma chinois qui épouse selon lui les mutations de la société. « Après la politique de Deng Xiaoping, le régime social a changé. Le cinéma aussi. C'est le marché qui décide maintenant, plus l'Etat. »
Des succès, des célébrités dont Jacques Chirac, son autobiographie en chinois... Yin Dawei n'a pas à rougir de sa carrière. Même s'il a un regret, celui de n'avoir pu réaliser « son rêve de cinéma ». Parce qu'il travaille d'abord pour la télévision, dans des séries comme « « Wenzhou en France » dont les 30 épisodes devraient être diffusés cette année en Chine.
Il y a 10 ans, il devait pourtant tourner une production cinéma sino-française, tirée d'un roman chinois. « Tout était prêt. Ma femme m'aidait beaucoup, j'avais le soutien de la presse, des autorités françaises. Et Sophie Marceau devait avoir le rôle titre. » Sauf que l'auteur du roman n'a pas voulu changer une seule virgule. « Le film n'a jamais abouti », déplore-t-il. Mais Yin Dawei ne se laisse pas abattre. Des projets pleins la tête : une série qui se déroule dans la Chine des années '20, un film sur la Légion étrangère... Les salles obscures pourront bien attendre encore un peu. « J'ai accumulé les expériences, sourit-il. Je suis encore jeune. Je peux donc réaliser tous mes rêves. »
Informations pratiques :
La série « Wenzhou en France » réalisée par Yin Dawei sera présentée lundi 19 juillet à 15h dans les locaux de Poitou-Charentes Cinéma : 15, rue de l'Ancienne Comédie BP 575, 86021 Poitiers cedex. Tel : 05 49 88 82 62 (standard)
Puis elle sera montrée à Paris le mardi 14 août à 19h à Chinagora : 1, place du Confluent France-Chine, 94 140 Alfortville-Paris est. Tel : 01.43.53.58.88

Expositions :
06 septembre 09 septembre
