Zhang Tong Lu est maître-artisan en émail cloisonné. Un métier que ce Pékinois à la retraite a commencé à exercer par hasard par passion pour le dessin et la peinture. Plus de 50 ans après, il est l'un des derniers héritiers de cet art chinois traditionnel.
« Je voulais dessiner à tout prix ». Enfant, Zhang Tong Lu n'a que cette idée en tête. Mais ce Pékinois d'adoption de 68 ans n'est
devenu ni peintre ni dessinateur. Ce n'est que par hasard à une période où l'Etat envoyait les hommes et les femmes dans les corps de métier qu'il leur choisissait que Zhang Tong Lu embrasse une carrière dans l'émail cloisonné.
Un métier que ce retraité exerce depuis l'âge de 16 ans alors que sa famille habitait près d'une société de films. Mais plutôt qu'aux vedettes de cinéma, Zhang Tong Lu s'intéresse surtout aux scénographes et aux décors qui lui donnent l'inspiration nécessaire dans ses propres dessins. Un responsable d'un atelier d'artisanat remarque son talent. Et décide de le recruter dans le cloisonné.
Pendant un an, Zhang Tong Lu, le marteau à la main, fabrique des supports en cuivre. Mais toujours animé par sa passion pour le dessin, il décide de démissionner au vu du manque de perspectives et d'évolution de son poste. « Mon maître m'a dit que l'on ne pouvait avoir qu'une seule spécialité dans le cloisonné », se souvient-il tout en passant au feutre les motifs dessinés sur une feuille de papier calque dans son bureau situé non loin de Heping Li, dans le nord-est de Pékin.
Zhang Tong Lu prouvera à son maître le contraire. Il s'inscrit à l'école des Beaux-Arts de Pékin où il étudie l'art du métal tout en mettant l'accent sur le dessin. Son diplôme en poche, l'artisan retourne en stage dans l'atelier où il a fait ses premières armes. Il touche à tout. Et passe en un an par toutes les étapes de fabrication du cloisonné là où cela demanderait au moins trois ans d'apprentissage à un ouvrier moyen. Très vite, il est promu dans le bureau de design où il restera pendant 50 ans. Puis finit par devenir son propre patron trois mois avant sa retraite en 2001.
Zhang Tong Lu s'accapare donc le choix des motifs et des couleurs. Avant de commencer une petite révolution. « Auparavant, il n'était possible d'utiliser que trois couleurs basiques pour les émaux. J'y ai ajouté le noir, le vert et un mélange de rouge et de blanc », confie celui qui d'une certaine manière est devenu le sauveur de cet art traditionnel chinois. « Durant la Révolution culturelle, le cloisonné était considéré comme un art féodal. Il a donc pratiquement disparu, explique-t-il, il était interdit de faire des motifs de fleurs et autres illustrations considérées comme rétrogrades ».
L'idée lui est donc venue de se servir des symboles de l'époque. « J'ai d'abord repris les caractères chinois de poèmes écrits par Mao Zedong et les ai reproduits en cloisonné », poursuit-il. « J'ai dessiné des ouvriers, des éléments révolutionnaires et des minorités ethniques chinoises. C'est ainsi que le cloisonné a pu survivre », raconte-t-il. Plus tard, le maître-artisan crée une technique inspirée de l'ambre qui permet de fabriquer de l'émail cloisonné sans avoir à le passer au four. Une ingéniosité qui lui a valu le prix d'invention en 1997 aux Etats-Unis.
Informations pratiques :
Atelier et bureau de Zhang Tong Lu : Ouvert tous les jours de 8h à 17h. 8 Huixin East Street, Sheji Building, Room 801, Chaoyang district. 朝阳区惠新东街8号设计大厦801室. Tel : 010.84.63.74.67
Visite de l'atelier uniquement sur RDV. Photographies interdites au public. Prix des objets en cloisonné : A partir de 700RMB pour les petits objets jusqu'à plusieurs centaines de milliers de RMB.
A quelques centaines de mètres de son bureau, Zhang Tong Lu accompagne ses visiteurs dans son atelier où quatre à cinq employés se répartissent sur plusieurs tables. Chacun a une tâche bien déterminée. Après la fabrication des supports faits le plus souvent de cuivre ou autres métaux plus ou moins précieux et la reproduction de motifs sur papier calque, la première étape peut commencer. « Je dessine des traits verticaux et horizontaux à la plume pour faciliter le repérage des motifs sur le support », précise la jeune femme. De fines tiges de cuivre seront ensuite taillées et découpées en respectant le contour des illustrations. Avant d'être collées à même l'objet.
Les tables suivantes sont recouvertes de coupelles remplies d'émail de couleur en poudre et dilué à des composants chimiques comme le dioxyde de fer. A l'aide de pipettes et de fines spatules au long manche, la main-d'œuvre remplit les espaces creux du support en relief avec la couleur choisie. Puis enfourne le tout une première fois à une température de 850°C. Avant de répéter le processus trois à quatre fois pour un résultat uniforme.
Le polissage de l'objet est l'ultime étape. Trois à quatre pierres différentes sont utilisées. Et il n'est pas rare d'avoir recours au charbon de bois pour les petits articles afin d'apporter un aspect brillant. Si Zhang Tong Lu n'avait pas choisi ce métier de prime abord, il ne regrette rien. « D'après la mentalité de l'époque, lorsqu'on fait un travail, il faut le faire le mieux possible sans penser à rien d'autre, sourit-il. Et c'est ce que j'ai fait ».
Texte : Aurélie Palancher - Photos : Wang Zhuo
Juillet 2008

Expositions :
06 septembre 09 septembre
