Liu Bin est le seul artisan à Pékin à fabriquer et à vendre des cerfs-volants de style impérial. Un métier qui s’est transmis dans sa famille depuis quatre générations. Découverte.
« C’était le souhait de mon grand-père que je perpétue ce métier ». Liu Bin représente la quatrième génération de cerfs-volistes de sa famille.
Comme son père, son grand-père, voire son arrière grand-père –même si aucune trace écrite ne le prouve- ce Pékinois de 30 ans est le dernier de la lignée et le seul dans la capitale à fabriquer et à vendre ses propres cerfs-volants.
Dans sa boutique « Three Stones Kite » située à Di’anmen, non loin du quartier des lacs, Liu Bin a décidé depuis 10 ans de pérenniser le style impérial. Cette technique de fabrication raffinée inculquée par son aïeul, aujourd’hui âgé de 93 ans, combine qualité de « matériaux », « élégance » et « sophistication ».
Pour les armatures, Liu Bin utilise ainsi du bambou séché à l’ombre pendant trois ans. Les tiges doivent mesurer au moins 40 centimètres de longueur avec un diamètre supérieur à 13 centimètres. Il est aussi essentiel que la tranche dépasse les un centimètre d’épaisseur. Selon l’envergure des modèles, le bambou est ensuite taillé dans la longueur en baguettes plus ou moins fines. Puis on leur donne la forme voulue en les brûlant à la flamme.
Seconde étape : le collage de la voilure. Là encore, le matériau répond à des critères exigeants. « Les cerfs-volants pour le peuple sont faits à partir de papier huilé, le même que l’on place sur les fenêtres pour les calfeutrer », explique Liu Bin. « Nos voilures sont fabriquées à partir de tissu », ajoute-t-il. Ce qui ne veut pas dire n’importe quelle étoffe. En effet, l’artisan n’emploie que de la soie, la plus pure qui soit.
« Il existe plusieurs types de vers à soie. Ceux du Shandong (nord-est de la Chine) sont sauvages mais ils produisent un fil de mauvaise qualité », confie-t-il. « Nous préférons les vers à soie du Fujian (sud). Leur fil est plus délicat », poursuit-il.
Outre la provenance géographique, la saison est aussi déterminante pour récolter les fruits des précieux bombyx : « Nous privilégions les vers à soie du printemps. La soie produite est plus claire et de meilleure qualité », assure-t-il.
La soie découpée est ensuite entièrement peinte à la main. Les couleurs choisies sont les mêmes qu’arbore l’architecture de la Cité interdite. Même si la peinture utilisée a connu au fil des années une évolution à laquelle Liu Bin n’est pas tout à fait étranger.
« J’ai étudié la peinture chinoise à l’école Xu Beihong (ndlr : célèbre peintre chinois connu pour ses calligraphies de chevaux) pendant quatre ans. C’est le seul lien qui m’unissait au métier de cerf-voliste », confie-t-il. « Grâce à mes connaissances, j’ai réussi à obtenir des couleurs plus belles et plus résistantes, beaucoup plus que celles de mon grand-père », sourit-il, tout en se refusant à en révéler le secret.
Avec la pose du dévidoir, en cuivre et bois rouge pour les plus coûteux, du fil, en nylon ou en soie, il faudra trois jours pour fabriquer un modèle de 4 à 5 centimètres. Et jusqu’à un mois pour un cerf-volant de 4 à 5 mètres.
Ce qui explique sans doute l’hésitation et la moue désapprobatrice de Liu Bin face à un client qui souhaitait offrir ce jour-là un cerf-volant en forme de poisson à son enfant de 5 ans. « Beaucoup de personnes considèrent les cerfs-volants comme des jouets alors que c’est un véritable art », se justifie-t-il.
Liu Bin propose par ailleurs des cours à toute personne intéressée par la fabrication de cerfs-volants. Comptez 80 RMB le cours d’une heure pour un modèle simple. Et 200 à 300 RMB la demi-journée à la journée entière pour un cerf-volant plus compliqué. Et de conclure : « Le plus important, ce n’est pas la quantité produite, c’est le cœur que l’on y met ».
Three Stones Kite (三石斋风筝) : Ouvert tous les jours de 10h à 20h (hiver) et de 9h à minuit (été). 25 Dianmen Xidajie, Xicheng district. 西城区地安门西大街25号. Tel : 010.84.04.45.05 ou 010.64.03.03.93. Site : www.cnkites.com Contact : cnkites@sohu.com
Cours sur RDV. Le prix des cerfs-volants varie de 200-300 RMB et peut aller jusqu’à 10 000 RMB selon les modèles.
Texte : Aurélie Palancher
Photos : Wang Zhuo et remerciements à Liu Bin pour les photos prises dans son atelier.
Janvier 2008

Expositions :
06 septembre 09 septembre
