Situé en banlieue de Pékin, dans l’extrémité est de la ville, Songzhuang est un site où les artistes étrangers et chinois se concentrent, vivent et créent. Découverte de ce lieu insolite.
« Les paysans locaux ont fini par nous accepter. Avant, ils nous traitaient comme des étrangers ». Li Guanglin se souvient de son arrivée à Songzhuang il y a huit ans. Ce peintre originaire du Liaoning, au nord de la Chine, ne regrette pas d’avoir quitté sa fonction de peintre-photographe pour le compte du gouvernement chinois pour s’installer dans ce lieu situé dans le district de Tongzhou, à 14 km en périphérie est de Pékin. Comme quelque 1 800 homologues résidents officiellement inscrits, ce peintre de 40 ans a décidé d’établir son atelier dans l’une des anciennes usines désaffectées de Songzhuang que l’on appelle communément « le village des artistes ».
Un nom donné à tort. Songzhuang est en réalité une communauté d’une centaine de milliers d’habitants divisée en 47 villages parmi lesquels 22 sont habités par des artistes. Son histoire remonte à 1994 lorsque cinq artistes et un critique d’art chinois de renom ont quitté leur quartier général de l’ancien Palais d’été (Yuanmingyuan). A la recherche d’un lieu calme et meilleur marché, ces pionniers ont tracé la voie à leurs pairs. En 2004, la communauté compte alors 300 artistes. En septembre de l’année suivante, l’Association pour le développement des artistes de Songzhuang, une organisation non-gouvernementale, voit le jour.
L’originalité de Songzhuang repose dans le fait que les peintres, sculpteurs, réalisateurs et autres travaillent, créent et vivent dans cet espace. Leurs voisins sont des agriculteurs, des éleveurs ou des employés des entreprises implantées localement. Les bâtisses de plain-pied jouxtent des vergers et des champs. Les commerces et les restaurants sont rares. Les vendeurs ambulants fournissent les vivres de base. Pour le reste, il n’y a pas d’autre choix que d’avoir une voiture ou de prendre le bus pour se rendre au centre-ville de Pékin.
Mais Songzhuang offre aussi des avantages qui ont de quoi faire des émules. Comme le précise Liu Xian Feng, un artiste multimédia chinois qui est arrivé depuis une semaine à Xiaopu, le village noyau de Songzhuang : « L’endroit est calme, c’est vraiment la campagne ». « Les loyers sont beaucoup moins chers qu’à Pékin même », ajoute celui qui a étudié les beaux-arts en France pendant 5 ans. Wendy Wronski, sa compagne française et hôtesse au Centre de réception des groupes d’artistes de Songzhuang, ne le contredira pas : « L’espace est illimité
ici ».
La communauté de Songzhuang est souvent comparée à Dashanzi, le célèbre centre d’art situé non loin de l’aéroport de la capitale. Sans raison valable pour beaucoup. « L’artiste habite et travaille vraiment ici alors qu’à Dashanzi, c’est davantage une vitrine de galeries », explique Li Guanglin. Autre différence : les 10 musées publics, 160 musées privés, 100 galeries et 1 500 ateliers d’artistes que dénombre Songzhuang sont relativement éloignés les uns des autres. Même si chacun vaut le détour.
Ainsi, le Centre d’Art de Songzhuang qui vient d’être achevé cet été s’offre dans le village de Xiaopu, imposant, sur deux étages, avec ses plafonds et murs immenses d’un blanc immaculé éclairés de grandes baies vitrées. A quelques kilomètres plus loin, le musée MOCA de Pékin paraît plus rustique. Le gris des drapeaux des pays de l’ONU qui flottent au vent, œuvre intitulée « Black-White UN » et signée Qin Chong, confère au lieu une impression surréaliste à laquelle la couleur des briques du bâtiment fait écho. L’allée en gravier ponctuée de sculptures à même les dalles en pierre, les peupliers longilignes et les objets exposés à l’extérieur apportent également leur touche d’une beauté indéfinissable.
Côté projets, outre le festival annuel d’art qui a lieu chaque octobre, l’Association pour le développement des artistes de Songzhuang prévoit dès l’année prochaine de créer un événement bisannuel. Le premier rendez-vous pourrait d’ailleurs bien avoir pour thème les JO de Pékin et s’intituler « Art 2008 ».
Informations pratiques :
Centre de réception des artistes de Songzhuang : Ouvert de 9h à 17h. Xiaopu Wenhua Guangchang Bldg A, Communauté de Songzhuang Tongzhou District. 通州区宋庄镇小堡文化广场A座.
Tel : 010.69.59.62.62 ext 801.
Ce Centre propose des livres d’art publiés par l’Association pour le développement des artistes de Songzhuang de 20 à 300 RMB, ainsi que des plans de la communauté à 20 RMB. Mise à disposition des guides touristiques (services en 27 langues différentes) ainsi que des véhicules (prix à négocier sur place). Les ateliers d’artistes et les musées privés ne peuvent être visités que sur RDV. Les musées privés sont ouverts normalement de 9h à 17h (horaires flexibles selon la fréquentation)
Comment s’y rendre :
Par métro : Ligne de métro n°1. Changement à la station Sihui ou Sihui Dong. Prendre la ligne n°8 jusqu’à la station Tongzhou. Puis prenez une « voiture civile » (heiche). Les chauffeurs ne manquent pas. Comptez environ 30RMB. Les taxis classiques avec compteur refusent le plus souvent de se rendre à Songzhuang !
Par bus : Prenez la ligne 938 (9) à Guomao.
Station : Xiaopu.
Texte : Annia T. Garcia Cruzata
Photos : Wang Zhuo
Décembre 2007