Kong Lingli est l’un des rares souffleurs de caramel à continuer à exercer ce métier pluriséculaire à Pékin. Ce quarantenaire chinois fabrique aussi des figurines en pâte de farine. Rencontre avec ce maître-artisan.
Brûlant. Kong Lingli se souvient encore de cette sensation la première fois qu’il a réalisé un animal en sucre. Il avait 10 ans. Ce Chinois de 42 ans de la province du Shandong, au nord-est de la Chine, est souffleur de caramel. Comme son père et son grand-père.
Tous les matins, Kong Lingli, accompagné de sa femme Wang Huilin, traverse toute la ville pour installer son petit stand dans la ruelle des snacks (Xiao Chi Jie) à Wangfujing, le quartier le plus commercial de Pékin.
Revêtu d’une veste chinoise brodée, l’artisan déballe d’abord son réchaud à gaz. Puis pose dessus un récipient rempli d’une mixture composée de sucre blanc, de miel et d’un peu d’eau. Le tout est cuit pendant deux à trois heures. « Le plus dur, c’est de contrôler la chaleur du feu », explique cet ancien ébéniste. « Je me suis brûlé bien des fois », ajoute-t-il en montrant ses paumes recouvertes d’ampoules et de cales.
« Quel est votre signe astrologique ? », lance-t-il à des passants qui s’arrêtent devant son stand pour admirer les différents animaux et les gourdes en caramel exposés. « Lapin », répond timidement une jeune fille. « C’est 10 yuans », rétorque Kong Lingli. Il saisit alors un peu de caramel de sa casserole, le malaxe, en fait une boule, et y enfonce son doigt. Puis il étire la pâte et coupe en deux le cône ainsi formé.
D’un geste habile, il forme les oreilles et les pattes en laissant pendre un fin fil où il place sa bouche. « Ce n’est pas si évident que cela de souffler et de donner la forme que l’on veut », insiste-t-il avant de peindre l’objet et de le planter dans un bâtonnet en bambou. « C’est prêt ! Vous pouvez le manger ou le conserver au frais pendant 10 ans », assure-t-il.
Outre les objets en caramel, Kong Lingli fabrique aussi des figurines en pâte de farine (voir encadré). Une technique qu’il a inculquée à sa femme Wang Huilin, elle aussi originaire du Shandong. « Quand on s’est rencontré, je lui ai dit : ‘si tu veux te marier, tu dois écouter ce que ton mari dit’ », plaisante-t-il. Yeux rieurs et visage avenant, cette ancienne paysanne confectionne ce jour-là une mascotte des Jeux olympiques de Pékin avec un couteau en plastique à bout rond. 20 minutes suffiront pour réaliser le Fuwa bleu.
En revanche, pour un couple de figurines humaines, cela nécessitera pas moins d’une journée entière pour reproduire tous les accessoires, les broderies des robes ou les expressions des visages en pâte. Et ce jusqu’à la pose du vernis brillant et la mise sous verre. Une précaution indispensable. « La pâte est molle au début puis elle devient dure comme de la pierre et est donc facilement cassable », souligne-t-il.
Si comme beaucoup de traditions, ces deux formes d’artisanat se perdent, Kong Lingli essaie d’être compréhensif : « Il y a de moins en moins de gens qui font ce métier parce qu’on se brûle trop ». « Mon enfant sait aussi fabriquer des objets en caramel mais il ne veut pas en faire son métier. C’est normal. Il doit aller à l’école », précise-t-il. « Pour moi c’est une passion. Je continuerai pendant 20 ou 30 ans, jusqu’à ce que je puisse plus ». Et de conclure : « En attendant, je suis prêt à apprendre gratuitement mon art à tout ceux qui le souhaitent ».
Xiao Chi Jie (小吃街) : Métro : Ligne 1. Station Wangfujing. Prenez la sortie de l’Hôtel de Beijing. Marchez sur une centaine de mètres vers le nord. Puis prenez la première à gauche, vers l’ouest.
Prix des figurines en pâte de farine : de 20 à 120 RMB.
Texte : Aurélie Palancher
Photos : Wang Zhuo
Octobre 2007
| Les figurines en pâte de farine L’origine de cet artisanat qui consiste à modeler des personnages ou des animaux à partir de pâtes de différentes couleurs composées de farine, d’huile, de miel, de colorants naturels et d’eau, est difficile à déterminer. Mais au vu des figurines et cochons en pâte de farine découverts dans des tombeaux au Xinjiang, on suppose que cet art a plus de 1 340 ans d’histoire. Déjà, durant la dynastie Song (960-1279), les figurines de forme humaine en pâte de farine étaient considérées comme des collations appelées « Guoshi ». Une légende populaire raconte également que Kongmin est à l’origine de cet artisanat. Durant la période des Trois Royaumes, ce général et son armée ont pour ambition de conquérir le sud de la Chine. Ils doivent pour cela franchir le fleuve Lujiang mais le vent violent les empêche d’avancer. Kongmin a alors l’idée de fabriquer des animaux et des têtes humaines en farine pour les offrir en offrandes aux dieux. Le vent s’est alors calmé et l’armée a pu franchir le fleuve. |
| Les figurines en caramel Cet artisanat remonte à il y a plus de 600 ans. On raconte que le premier souffleur de caramel s’appelle Liu Bowen, un ministre de la dynastie Ming (1368-1644). Malheureux, ce haut fonctionnaire s’enfuit du palais impérial. Durant son exil, il rencontre un vieillard portant une palanche et des seaux remplis de sucre. Les deux hommes s’échangent leurs vêtements. Liu Bowen parcourt alors les routes dans son nouvel accoutrement. Un jour qu’il vend du sucre, l’ancien ministre a l’idée de le chauffer et d’en faire des figurines. Emerveillés, les enfants se disputent les coqs, les chiens et autres animaux en caramel. Au vu du succès, Liu Bowen décide d’apprendre cet art aux gens de passage qui s’est ainsi transmis de génération en génération. |