A l’occasion de la Fête de la mi-automne, le Parc Longtan, à Pékin, arbore des milliers de lanternes de toutes les tailles et de toutes les formes jusqu’au 7 octobre. Kitch et traditions sont au rendez-vous.
« On ne m’a jamais expliqué les raisons de cette fête quand j’étais petit ». Li rougit. Comme de nombreux Chinois, ce Pékinois de 23 ans avoue ne pas connaître l’origine de la Fête de la mi-automne ou Fête de la lune (Zhongqiujie en chinois). Cette année, cette fête traditionnelle chinoise est tombée le 25 septembre. L’occasion pour les familles de se réunir autour de douceurs dont les gâteaux de lune (yuebing) et de se rendre dans les parcs pour admirer des lanternes illuminées.
A Pékin, le Parc Longtan s’orne lui aussi de lanternes de formes et de tailles diverses durant deux semaines. Jusqu’au dimanche 7 octobre, ce grand parc situé à l’est de la capitale, se transforme en foire populaire. Toutes les générations se réunissent pour cet événement que l’on ne semble célébrer juste « parce que c’est la tradition ».
17h30 au Parc Longtan : le vent souffle. La poussière se soulève. Le ciel s’assombrit dangereusement. Mais cela n’empêche pas les quelque 250 personnes réunies ce jour-là de profiter de la représentation de danses traditionnelles donnée à l’entrée du parc.
Des artistes qui ne sont plus dans leur prime jeunesse et revêtues de costumes de concubines aguichent un Empereur peu altier, au son de cymbales, de percussions et d’instruments à vent.
Dans le cercle formé autour de la troupe, des parents portent un enfant arborant son fessier nu à travers la fente de son pantalon. Une jeune fille serre fièrement son énorme peluche qu’elle a gagnée à la fête foraine. Plus loin, les gardes dînent bruyamment à l’abri des arbres.
Dans les allées envahies par des stands qui vendent une multitude de breloques et de bibelots, allant des sacs en toile, aux souvenirs, en passant par des puzzles, des sous-vêtements pour l’hiver et des friandises, un mannequin chinois pose en robe de mariée devant le décor guerrier d’un stand de tir. Les notes de hip-hop et de mauvaise variété anglo-saxonne vrombissent et rivalisent de décibels avec les comptines en chinois qui grésillent des haut-parleurs.
18h : les premières lanternes s’illuminent. Les masques en papier d’opéra de Pékin côtoient les figurines en forme de cochon, animal de l’année 2007, et les lampions rouges. Sur le lac, les reproductions flottantes de dragons, du Temple du ciel et de lotus commencent à s’éclairer. Les décorations axées autour des Jeux olympiques ne sont pas en reste non plus.
Elles retracent l’historique des JO, de la première olympiade en Grèce jusqu’à celle de Pékin 2008. Plus loin, une troupe de théâtre d’ombres installe sa scène en vue de ses deux séances quotidiennes à 19h15 et à 20h15. La Fête de la mi-automne est aussi l’occasion d’engranger les gains. Comme ce marché aux fruits bio dont les étals vendent tous les mêmes produits. « Ce marché n’a aucun rapport avec la fête », explique Li.
Les visiteurs se font photographier, raides comme des piquets, devant les figurines éclairées. Des familles se promènent : les enfants courent devant, les personnes âgées, piétinent derrière. Même durant cette période festive, il est difficile d’engager la discussion avec l’une d’entre elles.
Affolées, deux vieilles dames s’agrippent prestement le bras et s’enfuient en trottinant. Enfin, après quelques tentatives vaines et une brochette de réponses évasives, une Chinoise raconte -sans se tromper- l’origine de la Fête de la mi-automne inspirée de la légende de Chang’E et de son époux Hou Yin, un habile archer.
Il y a très longtemps, la Terre était entourée de dix soleils, chacun illuminant la Terre à son tour. Mais un jour, les dix soleils apparurent en même temps en brûlant toute trace de vie. A l’aide de son arc, Hou Yin décrocha neuf soleils. Il se proclama roi et commença à gouverner en véritable tyran.
Plus tard, il vola l’élixir de longue vie de la Reine-Mère céleste, aspirant à une vie éternelle. Sa belle épouse but elle-même de la potion pour sauver le peuple des lois tyranniques de Hou Yin. Chang’E sentit son corps flotter et s’envola jusqu’à la lune. Selon la légende, lors de la Fête de la mi-automne, si on observait la lune, on pouvait apercevoir Chang’E dans son palais.
Aux côtés de cette quarantenaire pékinoise, celle qui ressemble à sa mère lance un timide : « Je n’en avais aucune idée » à la fin du récit. Et Li de justifier : « Elle n’est pas de Pékin et n’a pas dû recevoir d’éducation ». Lui-même ne pourra pas avouer son ignorance lors de la prochaine Fête de la mi-automne qui tombera le 14 septembre l’année prochaine.
Parc Longtan : Ouvert jusqu’au 7 octobre de 12h à 21h30. 8, Longtanlu, Chongwen District. Entrée : 10 RMB (spécialement pour la fête des lanternes), 2 RMB en temps ordinaire.
Texte : Aurélie Palancher
Photos : Wang Zhuo
Le 5 octobre 2007