On ne présente plus la Grande Muraille. Pourtant à une heure environ de Pékin, un village entier vit au rythme du tourisme durable. Un autre moyen de découvrir le site le plus célèbre de la Chine.
« Ce Chinois vendait des Tee-shirts. Je lui ai acheté une maison ». Dans le milieu des années 90, Jim Spear se rend à Mutianyu, à 70 kilomètres environ au nord-est de Pékin. Alors vice-président d'une entreprise américaine d'équipement médical, ce Californien remarque un village à l'abandon lové au pied de la Grande Muraille au milieu de pinèdes centenaires. Une bâtisse attire son regard. Il décide de la rénover pour en faire sa maison de campagne.
La maison de Jim Spear devient la pionnière d'une longue aventure. Avec son épouse et un couple d'amis, ils créent China Bound. Cette entreprise de conseil spécialisée dans les secteurs hospitalier et pharmaceutique devient rapidement l'un des principaux investisseurs privés de Beijing ABC, sa filiale en Chine. Leur objectif: le développement du tourisme durable.
Depuis son ouverture en septembre 2006, The Schoolhouse qui abrite les locaux de Beijing ABC assume dignement cette mission. Des tables rondes sur une longue terrasse rectangulaire, des pentes douces aux alentours, une cour entourée d'enceintes grises, un drapeau rouge flottant au vent, quelques conifères... Et surtout des pierres, des briques et des gens qui racontent autant d'histoires.
Celle de l'ancienne école fermée en 1995 dont on a sauvé les grands tableaux noirs, les murs et les salles de classe gris ciment pour y ouvrir un restaurant de cuisine occidentale (The Canteen), un atelier de soufflage de verre artisanal, une échoppe coquette et une galerie d'art. Sans oublier la terrasse en hauteur ponctuée de morceaux de vitraux de couleur dont la vue sur la Grande Muraille ferait pâlir de jalousie plus d'un empereur déchu.
The Schoolhouse, c'est aussi l'histoire de ces villageois défavorisés, comme Zhang Enrong, l'une des dernières Chinoises aux pieds bandés âgée de 92 ans, ou Li Lianting, l'actuel maire pour qui le riz était considéré comme un luxe dans sa famille. Malgré leur situation précaire, ils n'auraient quitté pour rien au monde ce havre de paix à flanc de montagne. Et ils avaient raison d'y croire. Recrutés puis formés localement, plusieurs centaines de personnes se sont ainsi vues attribuer un emploi. Que ce soit dans la restauration, le service ou la construction. Avec pour seul crédo, le respect de leur identité et des lieux.
« Le tourisme rapporte des revenus au village de Mutianyu mais ne le rend pas vivant. Les environs sont encore pauvres », explique MacLean Brodie, le chef de projet de Beijing ABC. « Notre but est de faire rester les locaux en les impliquant mais il n'est pas question de dénaturer le paysage », souligne ce Canadien de 27 ans. C'est dans cet esprit que six demeures ont été restaurées et transformées en maisons d'hôtes. Chacune d'elle appartient à des étrangers aisés souvent en déplacement qui comme Jim Spear sont tombés amoureux d'une beauté sans artifice. A l'état pur.
L'architecture d'origine a été préservée dans toute sa généreuse crudité. Les pierres et briques apparentes dont certaines proviennent de la Grande Muraille même, les lourdes poutres en bois, les cheminées, et même les kang (large lit en briques typique des campagnes chinoises et chauffé par en dessous au charbon : ndlr) confèrent un cachet impalpable. Et si elles sont équipées de tout le confort moderne, ces résidences secondaires n'ont aucune autre prétention que celle d'épouser l'authenticité du voisinage.
Texte: Aurélie Palancher - Photos: Wang Zhuo