Si l'art chinois contemporain explose littéralement au niveau mondial et dans les galeries pékinoises de Dashanzi, on ne peut pas en dire autant de la mode « Made in China ». Durant la Semaine de la Mode de Pékin qui s'est tenue du 25 au 31 mars dernier, certains parlaient déjà d'un futur axe Paris-Milan-Pékin. Mais la route semble encore longue.
Le prix du styliste chinois le plus créatif a été accordé cette année à Zou You, créateur de la marque pour femme YOU'Z et professeur associé à l'Institut des Technologies d'Habillement de Pékin. Ce prix, offert par Asahi Kaisei, revient au même styliste qui avait créé les vêtements pour les spots publicitaires de cette entreprise japonaise de textile en Chine en 2007. On a donc déjà un peu l'impression de tourner en rond entre le sponsor et son protégé. Mais après tout pourquoi pas, si le talent est
au rendez-vous ?
Avant même de pouvoir admirer les modèles du jeune créateur, le défilé laisse présager d'un certain amateurisme. Dès l'entrée, la seule organisatrice qui parle l'anglais nous empêche d'entrer. Au même moment, plusieurs gardes de sécurité nous entourent et nous demandent de ne plus bouger. Un bref coup d'œil aux alentours : pas d'autres journalistes étrangers. L'envergure internationale de l'évènement se réduit tout d'un coup. Au bout de 15 longues minutes, un siège libre est enfin trouvé dans le secteur des étudiants alors que l'imposante salle de banquet de l'Hôtel de Pékin se remplit peu à peu pour assister au défilé.
En première ce soir, Zou You dévoile sa collection « Bemberg, a Touch of Nature », en hommage à la fibre écologique développée par son sponsor. « J'ai choisi « a Touch of Nature » car j'aime la nature. La nature, c'est important et je cherche à développer un style naturel », précise le créateur chinois en conférence de presse. Nature aussi le public, presque trop pour un évènement de mode. Alors qu'en Europe, les défilés sont l'occasion pour l'audience d'exhiber les tenues dernier cri, on retrouve au premier rang à Pékin des chemises de bûcheron à carreaux rouges et des survêtements de sports aux couleurs voyantes. La seule personne à porter les indispensables lunettes noires est malheureusement venue avec son sac plastique de supermarché ...

Des gardes affublés d'un uniforme uni blanc pour se fondre dans le décor quadrillent le podium. Une musique d'ambiance baroque s'élève doucement. Le spectacle va bientôt commencer. Au bout de deux minutes, le disque commence à montrer quelques faiblesses techniques mais ce n'est qu'après cinq minutes de sons stridents à répétition que quelqu'un daigne l'arrêter. Dans l'intervalle de silence, des cris de disputes surgissent des coulisses, rapidement étouffés.
Le défilé commence enfin. Se succèdent alors des modèles un rien (trop) classiques par grappes monochromes : blancs, violets, noirs... Les coupes sont bien réalisées. Les vêtements semblent agréables à porter. Mais il est quand même difficile d'imaginer qu'on est en face du styliste le plus créatif de Chine en 2008.
A peine le défilé terminé, la sécurité commence à vider la salle. Les journalistes et caméramans chinois se ruent vers le podium mais un cordon de gardes les retient. « Circulez maintenant, c'est fini ! Il n'y a plus rien à voir ! », hurlent les jeunes en uniformes avant de s'avancer l'air menaçant vers la presse. La confusion est totale. Le créateur chinois quitte la scène sans rien dire et les mannequins restent immobiles sur place sans savoir quoi faire.
Finalement la sécurité se détend un peu et les journalistes vont pouvoir recueillir quelques réactions à chaud. Tout est bien qui fini bien pour Zou You et sa « Touch of Nature » mais il faut bien reconnaître qu'à Pékin et sa semaine de la mode, on est encore bien loin des standards des défilés internationaux.